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16 juillet 2006 7 16 /07 /juillet /2006 08:21
DIMANCHE 16 JUILLET 2006 Luchon (Soleil, canicule)

LA CREMAILLERE (LUCHON)

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LA CREMAILLERE (épreuve de la Coupe de France de montagne 2006)


Nous voici à Luchon, dans les PYRENEES. J'ai annoncé à qui voulait l'entendre la victoire de Chantal...Prématurément ? C'est vrai qu'on n'est jamais à l'abri d'une bonne coureuse...étrangère (l'Espagne n'est pas loin et plusieurs noms à consonance ibérique figurent sur la liste des engagées que nous sommes allées consulter hier soir au Kiosque (Parc des Quinconces) !

Les inscriptions ne seront closes qu'à 15 minutes du départ, le suspens est donc grand. Néanmoins, mon athlète n'a jamais été aussi en forme qu'en ce moment, et je pense que ses futures adversaires devront se montrer très fortes pour espérer la battre.

8 h 30 Nous faisons notre footing, dans le parc des Quinconces, face aux thermes, lieu favori de promenade des Luchonais et des curistes, qui apprécient comme les coureurs l'ombre fraîche des marronniers et des tilleuls. Puis, nous allons découvrir le sentier que nous emprunterons tout à l'heure.
C'est raide ! Jamais je ne vais pouvoir courir un mètre sur cette "Crémaillère" qui n'aura, du moins pour moi, de course que le nom !
La chaleur est déjà bien présente, ça sent la canicule...

9 h 20 Rassemblement des 201 coureurs devant les thermes; nous rejoignons la ligne de départ, ensemble au petit trot.

9 h 30 Le décompte commence et libère les coureurs trépignants qui rêvent d'en découdre avec "La Crémaillère"; certains ne connaissent pas la course et partent pied au plancher comme pour un 10 km ! Ces inconscients (tes !) seront vite ramenés à la raison par une pente impitoyable...qui fait courber l'échine à bien des athlètes, même les plus aguerris.

VOYAGE A TRAVERS L'HISTOIRE

Le dépliant de l'épreuve, pourtant, fait mention de la difficulté du parcours et ne tait rien de la dénivellation : départ de Luchon, 630 m, arrivée à Superbagnères à 1800 m, soit 1170 m de dénivelé pour...5,3 km par l'ancienne voie du petit train à crémaillère qui permettait aux curistes de monter à la station de 1912 à 1966. La pente moyenne est donc de 21% avec des passages à 28 %.

Cette course est un pèlerinage pour certains vétérans du peloton qui connurent le petit train de Superbagnères, qui a assuré la liaison Luchon-Superbagnères, soit 5,6 km à la vitesse honorable de 8 km/h. En 45 minutes les curistes, touristes et Luchonais se retrouvaient sur le plateau en plein hiver à 1800 m d'altitude pour skier. "Super" est une des plus anciennes stations de ski et pouvait rivaliser avec celles des Alpes : pistes de bobsleigh, patinoires; les premières remontées mécaniques datent des années 1928-1929. L'été, pour les randonneurs, c'est le point de départ de nombreuses excursions.

Y en a-t-il encore, des témoins de ce passé, parmi ces vétérans qui ont voyagé dans ces voitures lorsqu'ils étaient enfants ? En courant, ici aujourd'hui sont-ils bercés par le lancinant tac-tac-tac de la crémaillère ? Dans l'évitement de la Soulane entendent-ils encore les cris et les gémissements des 30 blessés de la voiture N°4 ? Ce terrible accident du 28 février 1954 laissa 9 personnes au fond du ravin qui ne se relèveront plus. En 1960 une route fut tracée dans la montagne qui signa l'arrêt de mort du petit train. Il n'est pas un Luchonais qui n'en ait gardé la nostalgie, comme un petit coin d'enfance au fond de sa mémoire.

LA COURSE EST LANCEE SUR DES RAILS


Le tracé est historique et je vais bien ouvrir les yeux pour en profiter et fixer le paysage dans le disque dur de mon cerveau ! Après un départ sur les chapeaux de roues, la partie plate de l'itinéraire est terminée ! (environ 100 m !); un virage à gauche, et hop, les choses sérieuses commencent ! Le sentier est une large piste forestière. Je cours pendant 1'...et la pente, trop forte pour mes quadriceps, m'oblige à marcher. Ca débute bien; de nombreux coureurs pressés me passent en soufflant comme ...des locomotives. De circonstance pour "La Crémaillère" ! De toute façon, ça, c'est une course à faire "au train". Dans le jargon des coureurs, cela signifie qu'il faut prendre son rythme, trouver la bonne vitesse de croisière, ne pas se mettre dans le rouge. Souvent, il vaut mieux marcher que courir, c'est plus économique sur le plan énergétique. La longueur de la foulée en marchant peut être d'un mètre et en courant de 40 à 60 cm...

Les prétendantes à la victoire finale sont déjà devant, bien sûr, sur les talons de Chantal que j'ai vu partir de sa belle foulée efficace. Si elles veulent gagner, il va falloir qu'elles mouillent le maillot.

Les groupes se forment rapidement et je monte tranquille, en suivant mon train-train, et sans suivre les conseils que me lancent mes adversaires qui me doublent : "Viens, accroche-toi"; bien sûr ! Si j'étais capable de courir (ou de marcher plus vite), je ne serais pas là !!! Je n'aurais pas besoin de leurs encouragements...mais, bon, c'est gentil quand même de leur part.

CANICULE AU RENDEZ-VOUS


La chaleur est accablante et la soif me colle la langue au palais. Heureusement, les organisateurs, prévoyants, ont jalonné le parcours de points de ravitaillement, alternativement d'eau ou d'éponges...Le buste penché en avant, les mains gantées de mitaines de cycliste, j'appuie sur mes cuisses de toutes mes forces pour faire piston, selon les préceptes requis par Isabelle Guillot. Malheureusement, mes gants imbibés de sueur et de l'eau des éponges, glissent lamentablement du haut des jambes jusqu'aux genoux ! La pente est si raide par endroit que j'aperçois des fourmis laborieuses vaquer à leurs occupations ! A la vitesse où je cours j'ai le temps de regarder le paysage mais, la forêt peu entretenue gagne inexorablement sur le sentier qui devient par endroit assez étroit. Les nombreuses clairières le long de la voie qui offraient naguère des belvédères ont disparu faute de coupe. Il me faut une demi-heure pour me retrouver à l'ancienne station de Mi Sahage, à mi-parcours, reconnaissable à ses quelques ruines sur la droite du chemin. Une halte rafraÏchissante et salvatrice s'impose. Je prends mon temps. Je n'ai pas le choix si je ne veux pas boire mon gobelet d'eau par le nez ! D'ailleurs, un seul ne suffit pas pour me désaltérer : j'en prends un au glucose, deux d'eau pure direction le gosier, un sur ma tête, et un dernier pour ravitailler mon éponge ! Je repars remontée à bloc et remonte sur un concurrent imprudent qui ne s'est pas arrêté pour boire et s'étouffe la main serrée sur son verre de plastique ! Ca a dû passer par le nez ! En trois foulées, je le rejoins, le double et ne le reverrai plus ! Peu après la piste traverse un ravin que nous franchissons grâce à l'historique viaduc en pierres du Mailh Tronquet (1298 m). Longueur 88 m, hauteur 20 m. Sa largeur est de 2,40 m. Les organisateurs ont pensé que certains d'entre nous pourraient être impressionnés, et ont mis à notre disposition deux gendarmes du PGHM pour nous aider à traverser. Je pense que personne n'en a eu besoin, car vu la végétation, on ne voit absolument pas le vide...

Notre itinéraire ne nous permet pas d'admirer ses 8 arches majestueuses. Par contre nous voyons bien les poteaux en treillis métallique de la caténaire qui doivent intriguer de nombreux randonneurs.

Halte à la Fontaine Broucas, dernière halte avant "Super". Je regarde ma montre, les minutes défilent ! Je bois un ultime gobelet de glucose et poursuis mon chemin de croix !

LA VICTOIRE EN CHANTANT


Nous sommes sortis de la forêt, la déclivité est à son maximum. 800 m à 28%...J'en peux plus, et je ne suis pas la seule ! Je suis sur la mauvaise pente !!! Le soleil nous assomme de ses rayons brûlants; j'aperçois au-dessus de ma tête Superbagnères et le majestueux Grand Hôtel ! J'y suis presque ! Mais les organisateurs nous ont réservé une surprise : à 350 m de l'arrivée nous devons remonter une piste de ski à près de 30%...Le public nous acclame comme des héros...Quelqu'un crie :"Allez la Drôme" à mon passage. Je n'ai pas le temps de voir le visage de mon fan ! Soudain Chantal apparaît, appareil de photo à la main ! Je lui demande dans un souffle si elle a gagné. Elle me répond par l'affirmative. Je suis folle de joie !

Ca me donne des ailes pour finir ma course et franchir enfin après 1h04'18 la ligne d'arrivée, sise sur le parvis de l'Aneto, à proximité de la gare d'arrivée du petit train à crémaillère qui a fini vendu au poids à la Rhûne.

Luc Way, le neveu de Chantal, au prix d'une très belle course, arrive quasiment sur mes talons à seulement 3 minutes. Jolie performance. En tant que coach de l'équipe, je dois dire que je suis satisfaite de nos résultats. Temps de la vainqueur de la Crémaillère 2006 : 53'24 ! Ca me laisse sans voix (à la Crémaillère, on dit : sans voie !).

Un ravitaillement conséquent restaure nos stocks de glycogène (gâteaux, fruits secs, fruits frais, pain d'épices, sandwiches au fromage...); Nous en remplissons nos sacs à dos. Ce sera pour notre repas de midi et de ce soir, car nous avons 600 kilomètres à faire pour rentrer à Pierrelatte !

UNE DESCENTE VERTIGINEUSE


La descente se fait grâce au funiculaire qui plonge dans la vallée et nous ramène en 8 minutes en plein centre ville.

Nous allons prendre une douche bienvenue aux thermes ; les organisateurs devraient prendre exemple sur ceux de Cauterets et nous offrir un soin de remise en forme !!! on en aurait bien besoin...

Propres et frais comme des sous neufs nous prenons place sur des chaises, face au kiosque du Parc des Quinconces où a lieu la remise des récompenses. Chantal monte sur le podium accompagnée de la Tchèque Jana Mostecka et de Béatrice Fanget. Je m'offre la plus haute marche du podium vétéran; et une coupe de plus pour la collection paternelle !

Commentaires
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  • Christine Nicolas
    Diaporama et dénivelé !

    "Je me suis permis de visiter ce nouveau blog. Tes diaporamas sont super. Les paysages du Granon sous la neige magnifiques.......visionner la course de LA CREMAILLERE en mode diaporama , on mesure vraiment la difficulté de la course , quel dénivelé ! impressionnant !
    Bravo pour ton site !"

    Christine Nicolas

    19 octobre 18:58:17
  • KIKI 14
    Le 11/08/06 à 10:38, commentaire de KiKi14
    Un super BRAVO pour ta course et un grand MERCI pour ton récit plein d'images et d'humour...
    je me suis régalé pendant que j'étais en TRAIN de le lire.....
    super titifb
    18 octobre 05:51:19

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commentaires

michel 20/06/2007 18:54

Ca me rappelle de bons moments (sauf les poumons et les cuisses qui réclament un extincteur pendant 1 heure ! ). Merci pour ton gentil commentaire sur mon blog ( coursmichel.blogspot.com ). Je trouve le tien très complet, vraiment bien ! On doit aller à peu près à la même allure en montagne, mes temps sur la crémaillère s'étageant de 1h02 à 1 h08 selon la forme du moment.Peut-être à un de ces jours...

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