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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 12:28
Ca y est, c'est le jour J : nous sommes dans le département de la Loire à Saint Alban les Eaux, en ce dimanche 26 Août un grand rendez-vous nous attend : les championnats de France de course en montagne.

P1080010.JPG9 h : Je suis sur le théâtre des opérations avec mes coéquipières...la tension monte d'un cran !
Nous arrivons juste à temps pour voir le départ de la course des juniors filles et de l'Open. Deux Kikoureurs sont au départ et on ne veut pas rater ça : Chtigrincheux est tranquille comme un pape, l'œil guilleret, tout sourire à l'arrière du peloton ; il est heureux d'être là. Ca n'a pas l'air d'être contagieux, malheureusement ! Marie69 paraît stressée et, signe qui ne trompe pas, elle ne se met pas en première ligne avec ses adversaires. Mauvais point. Quand on veut jouer la gagne, la place, c'est devant. D'abord, on n'est pas gêné par les autres au départ, et on s'impose déjà mentalement aux autres concurrents : "je suis devant, j'suis l'patron !". Bon, on verra bien… 
Le coup de feu libère les coureurs, et nous partons nous échauffer. Au bout de 10' de footing je récupère Véronique, toujours assise qui regarde passer la course des Jeunes !

"Allez Véro, faut y aller".
"Je voulais voir l'arrivée de Marie" me dit-elle candidement…
"Véro, il faut t'échauffer, c'est pas une course de village aujourd'hui, c'est un France ! Allez, on y va". 
Ma camarade, qui est également mon "élève", me suit, obéissante ou résignée ! Mais je ne veux pas nous priver de l'arrivée de notre junior préférée : nous allons désormais effectuer des aller-retour sur les 500 derniers mètres de la course de Marie 69...

 

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39'06 après son départ, et 6,1 km plus loin, on voit arriver notre Marie, défaite, rouge, le visage fermé et le regard fixe...Oh, ça va mal. Devant elle, de très (trop) nombreuses concurrentes ont déjà franchi la ligne d'arrivée, la Marseillaise ne chantera pas pour elle...mais pour Adeline Leservoisier…Marie prend une 7e place chez les juniors…

Bon, à nous maintenant ; l'officiel annonce l'ouverture du sas pour les élites dont je ne fais pas partie cette année (j'ai manqué trop d'épreuves de la Coupe de France en début de saison). Dieu soit loué. Avec mon torticolis invalidant, je ne vais certainement pas me classer parmi les meilleures et je préfère franchir la ligne d'arrivée avec un dossard anonyme ! Chantal est devant, aux côtés de ses adversaires; quant à moi je suis avec notre coéquipière de la Section Loisirs Véronique Fijalek.   
Il est 9h55, à notre tour de rentrer dans l'arène ! 
10 h PAN, c'est parti, à fond comme pour un dix kilomètres ! Ouille, trop vite. C'est du bitume, ça monte, il fait chaud, va y avoir du déchet aujourd'hui. Bon, maintenant ça grimpe sec. Je me force à courir, c'est un National quand même et tout l'été, j'en ai avalé, des côtes! Au plus je monte, au plus l'acide me tétanise, je me crispe et mes cervicales menacent d'exploser sous la pression. Je renonce à toutes foulées et marche les mains sur les cuisses. Nous sommes en train de remonter ce qui semble être un mur de terre, très raviné, je suis à la limite de l'adhérence, euh, certaines reculent même ! Il n'y a pas un souffle d'air, on suffoque dans ce passage vertical sous un toit de végétation qui nous pompe l'oxygène. Je suis tendue comme un arc. J'ai mal au cou. Je serre les dents, j'ai envie de jeter l'éponge. Pourtant, je sais que je ne dois pas faire ça : pour une fois que nous sommes présentes en équipe, je ne peux pas lâcher l'affaire. C'est moi qui ai insisté pour que Véro soit là aujourd'hui alors que notre amie avait d'autres projets, notamment celui de fêter son anniversaire en famille…
Quant à Chantal, devant, ça ne doit pas être facile non plus pour elle. C'est une médaille qu'elle tente d'arracher à ses concurrentes venues avec la même idée ! Arrivées en haut de la côte, une belle descente nous attend. Ah, ça va aller mieux ! Je vais m'envoler et repasser plusieurs téméraires qui ont osé me défier à la montée. Je commence à dérouler sur une belle piste très pentue et malheur, j'ai les cervicales qui jouent des castagnettes en cadence avec mes foulées. La douleur me foudroie, et me transperce les oreilles. Ca, c'est très mauvais signe ! Tant pis, je lève le pied...Mince, un groupe de filles était en embuscade derrière moi et d'un coup, tout ce beau monde me laisse sur place. A peine le temps de regarder le nom de leur club sur leur maillot, que ces hirondelles qui ne feront pas mon printemps s'éloignent à tire d'aile...Inutile de dire que je ne les reverrai pas...Je m'arrête et m'écarte immédiatement pour ne pas me faire percuter. Je ne pourrai pas défendre une place honnête, et terminer dans le peloton en 30e position ne m'intéresse pas. Je vais me rendre utile en attendant Véro et en l'aidant à finir au mieux cette course, car la pôvre, elle doit en baver… 
Sous le regard stupéfait des bénévoles et des spectateurs, je m'arrête et reviens sur mes pas. J'encourage alors toutes les filles qui passent, pour leur plus grande surprise. Certains croient que j'abandonne et m'enjoignent de continuer. "Merci, je n'en ferai rien, j'attends une camarade". Je lis l'incrédulité absolue de celles qui furent il y a encore quelques minutes des adversaires que j'ai eu tant de mal à doubler ou à lâcher… 
Ca y est, j'aperçois le maillot de Véro en bas de la côte. "Allez Véro, tire sur tes bras, redresse-toi, allez, courage, tu es bientôt au ravitaillement". Véro lève la tête et me regarde, interdite, comme si elle rêvait. Elle se met à me déverser un flot de questions que j'interromps très vite : 
"Garde ta salive et économise ton souffle, allez, ma Véro, je t'amène, suis-moi !". 
Et c'est ainsi que ma coéquipière et moi, en duo improbable, nous finirons la course...Tout le long des 5 kilomètres restants, je m'époumonerai en conseils, encouragements ; morceaux choisis : 
"Allez Véro, lorsque ma montre sonnera, il ne restera que 3 kilo".
"Allez Véro, suis-moi et passe où je passe".
"C'est bien Véro, ça c'est une course dont tu te souviendras…". 
Deux gags ont émaillé notre périple :

 J'ai vu sur le plan qu'il y avait une rivière à traverser et qu'il était impossible de la sauter ni de la passer à pied sec en courant, à moins d'être Yann Domenech, notre champion Pierrelattin de saut en longueur, qui peut s'enorgueillir de franchir allègrement les 8 m ! Bref, je ne suis pas Yann et je vais donc devoir sacrifier une de mes chaussures...Peut-être pas. J'accélère la foulée et lâche Véro. J'arrive au passage délicat. Les organisateurs, au départ, avaient installé une grosse planche,
mais finalement, ils ont renoncé à leur funeste projet, car le remède était pire que le mal et la plupart de ceux qui prenaient cette frêle passerelle se retrouvaient les 4 fers en l'air dans l'eau froide, situation fort peu confortable, fut-elle thermale ! Bon, voyons l'affaire. De belles pierres moussues vont me servir de pont. Sous le regard éberlué des signaleurs et bénévoles placés à cet endroit stratégique (pour se rincer l'œil ?), j'attends mon amie et lui indique sur quelle pierre elle doit poser son pied et lui tends ma main pour la maintenir en équilibre et ...elle passe au sec ! Nous rions de cette situation à la Tati, et regrettons qu'aucun photographe n'ait immortalisé cet instant de solidarité. Je n'aiderai personne d'autre, car mon athlète, boostée par "l'effet Coach" a semé des camarades de galère ! Seule une certaine… Véro est encore avec nous, tantôt devant, tantôt derrière. En ce moment, elle est devant, mais pas pour longtemps. Ce qui est bien, c'est que du coup, en encourageant ma copine, je fais une pierre deux coups : "Allez Véro" et toutes les deux le prennent pour elles ! 
Ce parcours est une vraie montagne Russe : ça monte, ça descend tout le temps, sans répit. Le paysage est très beau, le tracé technique. Une course pour moi. Dommage.
Deuxième gag

A un moment, nous passons sur un chemin bordé de mûres mûres et je succombe au pêché de gourmandise sous le regard ahuri des spectateurs ! Je m'arrête à la table de ravitaillement toute proche :
 
"Délicieuses ces mûres ! A bientôt".
Ca les laisse sans voix, et moi, je suis hilare...

1
h02, ce sera notre temps à l'arrivée, main dans la main avec Véro. Mon GPS avoue 9,200 pour 600 m de dénivelée. Nous sommes 39e et 40e scratch, 36e et 37e françaises, 16e et 17e V1. Mon résultat n'a pas d'importance cette année.
 
Chantal m'apprend qu'elle n'est que 4e V1...elle échoue à 1 place de la médaille de bronze. Elle est battue logiquement dans sa catégorie par Isabelle Guillot et Michelle Leservoisier. La 3e aujourd'hui n'est autre que Christelle Védrine, une néo-vétéranne de Clermont Athlétisme Auvergne. 
Résultats :
Le titre de championne de France 2007 est revenu pour la 14e fois à Isabelle Guillot (Blagnac Sc); chez les hommes, victoire du régional de l'épreuve Julien Rancon (Ac Ondaine Firminy) qui prend une superbe revanche après sa déconvenue (relative) des Europe de Cauterets.
Les titres chez les juniors revenant à Benjamin Rouillon (Gap Hautes Alpes Athlétisme) et Adeline Leservoisier (Athlé St Julien 74).
Deux bonnes nouvelles viennent ensoleiller notre journée et atténuer les déceptions des unes et susciter l'enthousiasme des autres : tout d'abord, Véro est une des dernières athlètes classées en championnat de France (pour faire partie des élues du jour, il fallait faire moins de 150% du temps de la première, 1h05 était le temps limite). Ca me console, je n'ai pas fait un mauvais choix d'aider Véro. Grâce à mes vigoureux encouragements et choix d'itinéraires dans les descentes, elle a grappillé fille par fille, seconde par seconde un temps précieux qui lui permet maintenant de figurer au palmarès du championnat de France de course en montagne 2007. Et comme une bonne nouvelle, dit-on, ne vient jamais seule, nous découvrons à notre étonnement, que nous prenons une 4e place par équipe sur les 9 engagées et les 6 classées ! Nous voici parmi l'élite… P1070993.JPG

Sur l'instant, je suis partagée entre la joie de cette inespérée 4e position et le regret d'être peut-être passée à côté d'une médaille de bronze. Si j'avais pu courir à ma mesure, aurions-nous pu revenir avec ? Je culpabilise un peu, mais pas longtemps. D'abord, je n'aurais pas pu faire mieux, la messe est dite et puis, en étudiant de près les résultats, je me rends compte qu'il y un fossé infranchissable entre l'équipe de Roanne (3e) et nous.
1ères : Athlé Saint Julien (13 pts)
2e : Lille Métropole Athlétisme (53 pts)
3e : Club Athlétique Roannais (55 pts)
4e : Pierrelatte (87 pts) 
22 points à rattraper, la dernière de Roanne est 28e...Véro est 40e avec mon aide. Même si j'avais couru en étant à mon meilleur niveau, ça aura été trop juste. Par contre, nous aurions eu davantage de regrets car ça n'aurait pas passé loin...C'est bien comme ça, et 4e, c'est déjà très bien et beaucoup d'équipes se contenteraient de cette modeste 4e place. 
Bon, au tour de Défi Franck, maintenant de montrer ce qu'il sait faire sur 14,8 km et près de 1000 m de dénivelée, sous une chaleur caniculaire. Il est 11h15, et mon kikoureur va devoir relever un beau de défi. Pan, c'est parti pour lui pour deux heures de "galère" ! Nous nous dispersons sur le parcours pour l'encourager. Chtigrincheux s'est calé dans la forêt dans un endroit stratégique pour faire des photos : en pleine montée...Il transpire à grosses gouttes, notre ami...Heureusement, il fera toute la course avec Christian, une garçon avec qui Chantal a sympathisé hier et le Kikoureur Yoyoman. 
1h54'01 après, Franck rincé, exténué, vidé franchit la ligne d'arrivée. Il ne sera pas classé en Championnat de France, mais en Open...Il a pourtant mouillé le maillot, mais c'était mission impossible pour lui. Chtigrincheux termine avant dernier de l'Open, mais c'est anecdotique, il est surtout venu pour être avec nous et se faire plaisir et il a bien raison. Félicitations à notre Kikoureur Vial qui, avec un chrono d'1h34, fera partie du millésime 2007 !

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Bon, place à l'after !
Vial part chercher le pique-nique chez sa mère qui habite le village. Il revient les bras chargés de victuailles dignes d'un festin Pantagruélique : du pain, des carottes râpées, des tomates, du riz, des pâtes fraîches, quantité de fromages du pays, sans compter une bouteille de Condrieu 1999 cuvée Belley ; c'est drôle qu'un petit village de moins de 4000 âmes ait un vin aussi célèbre !
Condrieu aurait été fondé en 59 av. J.C. par un chef romain. Les origines du village remontent bien à l’époque Gallo-romaine comme le prouve l’ancien nom de Condrieu " Condriacum " signifiant dans son étymologie, habitation sur l’eau.
A Condrieu, les sentiers dans les coteaux s’appellent des coursières. Ils servaient d’accès aux vignes qui étaient entourées de murs munis de portes fermant à clé ! Ils portent tous des noms : la Patrouilleuse, la Roncharde, Corbéry etc… et offrent tous de très beaux points de vue.
Vous ne connaissez pas Condrieu ? C'est à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lyon et contiguë à l’appellation Côte-Rotie. Le Condrieu est un vin blanc sec, parfumé et charpenté, issu du cépage Viogner, bien connu également chez nous dans la Drôme/Ardèche. Les vignes de cette appellation ont été plantées sur des versants très pentus, généralement granitiques. La production de vin est faible. C'est donc un produit rare et très parfumé et très cher !
Vial l'avait gardé au frais, et moi je sors mon verre à dégustation, à l'étonnement des autres convives qui devront, eux, se contenter de boire le divin breuvage dans un gobelet en plastique ! Quel regard de convoitise me jettent-ils en cet instant! Je suis chargée, bien sûr, en tant que sœur du meilleur-sommelier-du-monde-on-le-saura, de goûter le vin qui est un peu froid, défaut qui allait en s'améliorant, vue la température cet après-midi, même à l'ombre...Il paraît que Stendhal en était un consommateur régulier (il avait les moyens de ses goûts !).

Cours de dégustation, je goûte d'abord avec la vue : il a une belle robe d’or pâle avec des reflets dorés.

Puis, place au nez : bouquet puissant, florales, il rappelle la violette, l'iris et l'abricot. En bouche, il est d'une bonne longueur, moelleux, onctueux. Bref, une fraîcheur d’ensemble tout à fait agréable. Il aurait été le compagnon idéal d'un poisson cuisiné ou même d'un foie gras. Vous pouvez servir ! Vial, c'est un garçon très bien !

De mon côté, j'ai amené un Gigondas, cuvée de Prestige. Pas mal pour un pique-nique, non ? C'est pour quand le prochain ?
Mais, les meilleures choses ont une fin, il nous faut rentrer chez nous; l'autoroute est nettement plus fluide qu'hier et en nous partageant le volant avec Chantal, nous regagnons Pierrelatte vers 18h30; voilà un sacré week end qui s'achève.
 
Dommage de n'avoir pas revu certains Kikoureurs pour partager un moment de notre After : Rouchier, Arno38, Yoyoman…

Merci à Vial et Bravo à tous les Kikoureurs... 

 

 

 

 
  

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commentaires

Kecily 12/09/2007 07:45

Cela fait quelques temps que je passe sur ton site régulièrement sans laisser de commentaire.Mais ce récit m'a tellement plu que je ne peux résister et t'envoyer toutes mes félicitations et mes encouragements.@+, Kecily

Mick FB 05/09/2007 11:32

Un grand BRAVO pour toi et tous ceux de ton équipe ! Fais attention à ta santé !Quand à ton style , toujours terrible ! quel plaisir de te lire ! Gros bisous Papa +++ 

JC 02/09/2007 05:42

Tous ces commentaires si élogieux titifb !Comme je comprends leurs auteurs.Que de sujets passionnants tu nous offres en si peu de lignes. ( sujets dans tous les sens du terme. )JC

Cedre Kikourou 31/08/2007 09:35

Quand est ce que tu écris un livre sur tes aventures ?Ya de quoi faire non ?bravo et toujours autant content de te lire

Le Lutin d'Ecouves Kikourou 31/08/2007 09:34

Bravo pour ton sens de la camaraderie et tes formulations réjouissantes comme l'oxymore : l'eau froide ... fut-elle thermale. Merci pour les renseignements historiques et oenologiques. Tes textes, c'est vraiment la classe ! Soigne-toi bien, on ne voudrait pas que tes sacrées cervicales coincées nous sevrent de ces CR si spirituels et savants.Ce serait rosse !

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