VOL AU DESSUS D'UN NID DE KIKOUS
SYNOPSIS : tragi-comédie sur un trail de montagne.
ACTE I :
Dimanche 3 Juin 2007. Il est près de 9 heures lorsque nous arrivons au domaine de l’Aigle au cœur de la station-village de Lans en Vercors à 1 020 m d’altitude. Le ciel est assez dégagé, et la température est parfaite...Un débardeur et un short suffiront aujourd'hui. Pour pique-niquer ? Non, pour courir ! En effet, aujourd'hui, j'ai annoncé sur mon blog, à qui voulait l'entendre, euh, le lire, que je faisais le Trail du Pic Saint Michel. Certains, qui connaissaient sûrement "l'Ogre des 4 montagnes", m'ont fait part de leur étonnement : ça se court ??? Beh, je...je...enfin, Béné38 l'affirme ; soutenue, qui plus est, par Samontetro_le_bien_nommé !

En fait tout a commencé le 1er Avril, et ça n'est pas un poisson d'avril (peut-être cela aurait-il été préférable ?), au Trail de Tullins. En ce lieu de perdition, j'ai rencontré moult kikoureurs...dont Béné38 (que je coache à l'occasion !). Là, commence ma première erreur (qui sera suivie par beaucoup d'autres...) : je l'écoute lorsqu'elle me vante SA course dans le Vercors.
BENE : Tu verras, cette course est vraiment bien ! Mais ATTENTION, la descente est TRES technique, raide itou !
TITIFB (au public, en aparté) : Ca m'est égal, j'ai pas l'intention d'y aller ! (à Béné) : Vraiment, Béné, j'hésite...Ta course au Pic a l'air super. Mais, tu sais ce que c'est la vie de star, on est invitée partout. Où serai-je le 3 Juin...
BENE (avec insistance): C'est moi qui l'organise avec le ski-club de Lans en Vercors. 15 km. (au public, en aparté) : Peut-être plus ! (à Titifb, fièrement) : 1000m positif et...négatif !
TITIFB (en aparté au public) : Sauf si je reste là-haut ! (hypocrite) : Ah ??? Super ! Ca me tente !
(NDLR : une actrice hypocrite est un pléonasme, car c'est bien du mot grec "hypocrites", signifiant acteur, qu'est tiré le mot hypocrite.)
Bon, ça va, j'étais prévenue. Mais, mea culpa, mea maxima culpa, je ne l'ai écoutée que d'une oreille distraite car ce trail, je ne comptais pas le faire, même pas en rêve ! En effet, à cette époque, ma coéquipière et athlète Chantal était juste en reprise après une sévère blessure en février (fracture de fatigue du calcanéum). Son kiné (mon frère) lui avait nettement fait part de son inquiétude quant à une reprise de la course en montagne et notamment des épreuves qui comporteraient de la descente...Donc, bien sûr, lorsque Béné me met dans la main la plaquette publicitaire de son bébé, je m'empresse de la glisser le plus loin possible de mon regard...au fond de mon sac de sport ! Et je l'oublie ! Il faut dire aussi que cet automne, moi aussi, je me suis blessée sérieusement (déchirure du mollet...). Depuis, surtout en descente, j'ai peur ! Incroyable, moi qui bondissais comme un cabri de pierres en pierres me riant de la pente dans la montagne, me voici désormais, dès que le terrain s'incline légèrement à freiner des 4 fers ! Et puis les montées de 1000m, très peu pour moi : trop dur ! Ce que je préfère dans les courses : le plat, le court, le roulant, donc pour le Trail de Béné, je mets dans la poche avec le mouchoir dessus !
Fin du 1er acte. RIDEAU !
ACTE II
Ah, n'allez JAMAIS sur le forum de Kikouroù? ! C'est un piège terrible...on arrive avec des idées sur certaines choses et hop, on change d'avis...Je sais, il n'y a que les imbéciles qui ne changent...etc. Bon ! Béné n'a rien trouvé de plus malin que d'ouvrir un "post" sur ce fameux forum_de_perdition ! Et, c'est là que tout a basculé. Après la lecture d'une foultitude de mots d'encouragement à venir me joindre aux joyeux drilles kikoureurs (près de 25 kikous à Lans...il devait y avoir un nid pas loin), je tente de faire de la résistance (et dans le Vercors, humour mis à part, on sait ce que c'est la Résistance. Respect !).
Morceaux choisis :
TITIFB : J'irais bien, mais je suis invitée au 1er trail des Gorges de l'Ardèche le même jour !
TITIFB : Mais, c'est la fête des Mères !
Même Chantal s'y met !
CHANTAL (sournoisement) : Moi, ça me dirait bien le trail du Pic Saint Michel !
Alors, là, si tout le monde me trahit...Les dés en sont jetés.
TITIFB (fataliste) : C'est bon, je rends les armes. Allez, ah, jacta est ! (sic).
CHANTAL (surprise) : T'as pas l'air contente d'aller là-bas...
TITIFB (énigmatique) : Si si, je cache ma joie !
Fin du 2e acte. RIDEAU !
ACTE III
Qu'il est beau et sauvage ce Vercors. C'est un massif des Préalpes, à cheval sur l'Isère et la Drôme. Sa superficie est d'environ 135 000 ha, ce qui en fait le plus grand massif des Préalpes du nord.
Au loin, le MONT AIGUILLE
L'adjectif correspondant est vertacomicorien, du nom d'une tribu celte qui occupait la région. Vous ne connaissez pas ce haut plateau ? Quelle chance, il vous reste à le découvrir ! Nous, nos roues nous amènent dans la zone septentrionale du Vercors, dite des 4 montagnes autour de Lans-en-Vercors. Cette région regroupe les villages de Lans-en-Vercors, Autrans, Villard-de-Lans, Corrençon-en-Vercors, Méaudre, Engins et St-Nizier du Moucherotte. Au sens strict, les Quatre Montagnes désignent géographiquement les deux plateaux de Lans / Villard et Autrans / Méaudre, séparés par une ligne de crête.
Dès ma descente de voiture, je vois rouge (les tee shirts et les fameuses casquettes des Kikourous ! Euh, il y en a également des blanches, mais le logo K est bien rouge !). Mon appréhension, s'évanouit aux contacts de mes copains ! Quelle joie de se rencontrer ou comme pour certains qui étaient à Tullins de se revoir...On s'embrasse déjà comme de vieux amis...
RAIDEUR69 : Salut Titifb, ma belle, quel plaisir de te revoir !
TITIFB : Moi aussi, Raideur, j'suis si contente ! (embrassade).
THUNDER : Z'avez pas vu Rapace ? Encore à lambiner quelque part ? J'vais l'enrhumer !
RAPACE : Il est pas venu l'gamin ? Il a eu peur de prendre sa raclée ? J'le comprends...
TITIFB : Rapace, si tu me doubles, j'te balance du sommet !
(Propos, bien évidemment librement interprétés !)
TITIFB (en pleine introspection): Si la tension monte d'un cran, est-ce que ça fait grimper plus vite au sommet ?
LE COMMANDEUR : Pas sûr, peut-être que ça scotche !
TITIFB : Me voilà bien. Maman, ça va être ma fête ! (c'est la Fête des Mères !)
Chantal et moi partons nous échauffer sur le parcours. Après cinq cents mètres de bitume en faux-plat montant, arrive une vraie montée. Et là, une fourche. Rubalise à gauche, hop, on prend à gauche dans un chemin boueux planté de hautes herbes rafraîchissantes...Mince, ça monte ! Aïe...Nous redescendons silencieusement.
LE MONOLOGUE
TITIFB :
Ca promet ! J'ai couru 10 minutes, et j'ai déjà les jambes plombées...
C'est dans ta tête qu'il faudrait du plomb !
Non ! La semaine dernière, à Anduze, j'me sentais super bien.
Oui, mais, dès qu'il s'agit pour toi de faire une course avec de la côte, tu t'en fais toujours une montagne !
C'est vrai, dès que je vois une pente, je m'incline, je penche du côté où je vais tomber !
Ne dis pas ça ! Je ne suis pas superstitieuse, mais ça porte malheur !!!
Ce que j'aime dans les courses...c'est quand j'ai la ligne d'arrivée sous les pieds !
C'est où le Pic Saint Michel ? Là-bas ? J'y crois pas ! Qu'est-ce je suis venue f...e Grrrrrrrrrrrrrrrrrr (censure) faire dans cette galère ? J'aurais dû demander à Béné d'être béné...vole !
Fin de l'acte 3, RIDEAU !
ACTE IV

Attention le départ ! Il est 10 heures, les garçons qui partent 15 minutes après nous, nous encouragent et nous flashent à qui mieux mieux ! Flash des radars, on va trop vite ? Je pars avec Chantal et nous resterons ensemble jusqu'au début des hostilités (qui viennent très vite). Florence Marguet, la raideuse émérite du Team Les ARCS QUECHUA, prend les devants. Elle connaît le parcours, et ça, ce sera déterminant par rapport à Chantal. Pas pour moi ! Car, même avec une boussole greffée dans le cerveau, un GPS au poignet, et des panneaux indicateurs gros comme des montgolfières je n'aurais pas gagné mes deux concurrentes qui me sont nettement supérieures...Bref, à la première intersection, premier problème : le poisson-pilote orange prend...à droite ! Nous, avec Chantal, au cours de l'échauffement nous avions pris à gauche ! Euh qui a raison ? (à ce moment-là, j'ignorais que la première connaissait l'itinéraire comme sa poche !).
TITIFB : Cool, la fusée orange file dans la mauvaise direction, on va refaire notre retard (relatif) sur elle ! Chantal ! Où tu vas ? c'est à gauche !
CHANTAL (affolée) : Chais plus ! La première est passée à droite !
TITIFB (hilare) : Ouais, mais nous, on connaît (ah bon ? pourtant il n'y avait pas de parcours affiché...dommage d'ailleurs !). Manque peut-être un signaleur à cet endroit. (en aparté) : A moins que Florence l'ait payé pour allez boire une bière !
Chantal, qui est passablement troublée, se lance à la poursuite du diamant orange. Moi, imperturbable et forte de ma connaissance du terrain, je pars à gauche : y a de la rubalise, donc, l'itinéraire est EVIDENT ! Je commence à monter lorsque Chantal me rappelle : un randonneur lui a dit qu'à droite, sur un arbre il y a une affiche de la course !
TITIFB (moins hilare) : J'y crois pas ! Je suis maudite ! Pourvu que Pinston n'apprenne JAMAIS ce nouvel épisode d'égarement, sinon, il va encore se moquer de moi !
Mon avance sur la 4e a fondu comme neige au soleil, la première place est perdue pour toujours corps et âme, on ne reviendra plus sur elle...Chantal ronge son frein…Béné, Samontetro, vous n'avez pas eu les oreilles qui ont sifflé à 10 h 04'34 ??? Oui ? Tout s'explique !
Bon, nous voici reparties, le moral en berne, en ce qui me concerne...Chantal a tôt fait en quelques foulées toniques de me distancer...Jusqu'à un moment où je la vois revenir sur moi !
TITIFB (surprise) : Chantal, mais qu'est-ce que tu fais là ? La course, c'est dans l'autre sens ! (inquiète) : Y a un problème ?
CHANTAL (vénere grave) : Là, à l'intersection, chais pas s'il faut aller à droite ou à gauche !
TITIFB (moqueuse) : Mais, Chantal, voyons, t'as qu'à suivre la rubalise (hi hi).
CHANTAL (vénere grave) : Mouais...mais d'la rubalise, y en a à droite ET à gauche. SAMONTETRO MONTRE-TOI si t'es un homme. (Ca, Chantal ne l'a pas dit, mais elle l'a pensé si fort que je l'ai entendu !)
TITIFB (assommée par l'imminence du naufrage) : Mais...mais...Mince alors ! (je n'ai pas vraiment dit ça. C'était certainement plus fleuri comme vocable).
Je me surprends à regarder le sol. Comme les indiens je recherche les traces de passages, mais il y en a de partout, qui partent à droite, à gauche, qui montent, qui descendent. Bon, faisons confiance au hasard, on prend à gauche ! Bonne pioche...Chantal met de nouveau le turbo et me laisse au cœur de la forêt, toute seule, euh, avec la meute de filles lâchées à mes trousses, et qui, si ça continue comme ça vont finir par me passer.
Je l'avoue, à ce moment-là de la course, je n' y crois plus du tout. A quoi ? Que je puisse revenir sur les premières, et que je sois seulement sur le bon chemin ! Heureusement, à l'intersection suivante, enfin des signaleurs. J'en profite, d'ailleurs pour leur signaler qu'en 2 kilomètres, je me suis déjà égarée deux fois;
SIGNALEUR (navré, la bouche collée au Talkie-walkie) : Je le sais, la fille qui vient de passer me l'a dit...
Fin de l'acte 4, RIDEAU !
ACTE V
A partir de là, je n'aurai plus aucun problème d'itinéraire, et à chaque carrefour, soit un commissaire sera présent, soit de la rubalise (mise que d'un côté du croisement, c'est mieux !), indiquera d'une façon claire le parcours à suivre. La montée dans la forêt est très agréable bien que boueuse. Les choses se compliquent après le premier ravitaillement. Un long single track technique et glissant à souhait nous est gracieusement offert par les organisateurs. De nombreux randonneurs sillonnent prudemment et s'écartent respectueusement pour me laisser passer. Par endroit, il y a quasiment des marches. Je commence à avoir les jambes lactiques et j'ai du mal à lever les genoux. Je me retourne pour voir la concurrence...Au loin galope un maillot rouge. Trop loin...tranquille. Rester néanmoins concentrée. Et vlan, qu'est-ce que je disais ! J'ai failli refaire mon triple Salkow boucle piquée du trail de Tullins. Heureusement ma main gauche sera salvatrice d'une chute indigne dans la boue.
TITIFB (fort) : Non, mais, aujourd'hui, je ne tomberai pas, aujourd'hui, je ne tomberai pas, aujourd'hui, je ne tomberai pas !!! Méthode Coué. Mieux que la méthode...seCOUE !
Ah, Béné, merci pour la montée au col de l'Arc...Magnifique ! Ca grimpe comme j'aime, dré dans l'pentu...De joyeux lurons accrochés à des grosses pierres dans le pierrier m'encouragent bruyamment. Je voudrais les remercier; mais, curieusement aucun autre son qu'un bruit de forge ne sort de ma gorge ! Je leur fais un petit signe de la main et poursuis mon chemin. Sur les crêtes, nouveau passage délicat...et soudain, une respiration derrière moi : le premier homme ! Sympa, il engage la conversation. Arrivée au sommet, un groupe hurle :
LE GROUPE (excité) : C'est Audrey là-bas ! Hou hou ! Audrey !
TITIFB (inquiète) : Audrey ? Zut, je croyais l'avoir semée celle-là ! Un coup de jumelles. Mise au point. Non, trop loin, mais, bon, on ne sait jamais...Il va s'agir de ne pas mollir dans la descente ! Ah, de la neige ! Génial ! Hop, j'vais quand même prendre le temps de la toucher. Le panorama est grandiose. J'aurais dû prendre mon appareil photo…
De courageux bénévoles m'accueillent au zinc :
LES BENEVOLES (enthousiastes) : Vous prendrez bien quelque chose ?
TITIFB (sérieuse) : Oui, le téléférique pour redescendre !
LES BENEVOLES (qui_font comme_s'ils n'avaient_pas_entendu) : Allez, c'est notre tournée, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
TITIFB (toujours sérieuse) : Un Château Haut Brion 1947.
LES BENEVOLES (après réflexion) : Euh, on n'en a plus ! On en avait bien monté une bouteille ce matin, mais Samontetro l'a goûtée...et ...
TITIFB (déçue) : ...l'a trouvée à son goût ! Ca va, j'ai compris...Je me contenterai d'un Pétrus 61.
LES BENEVOLES (soulagés) : Ah ! Ca, on a !
Voilà, un début d'explication pour ce qui va arriver après ! Je quitte à regret, mes nouveaux amis...et me lance à corps perdu dans la descente.
Fin de l'Acte 5, RIDEAU !
ACTE VI
LE MONOLOGUE
TITIFB : Ah, enfin la descente ! Je vais m'refaire...Fini de rire maintenant, comme dit Rapace : ça va saigner ! Hop ! (un petit saut gracieux de cabri). Oups...un peu trop vite ! Gaffe ! Ca glisse !!!! Où sont les freins ??? Ah, une partie plus calme, je fais refroidir les "Ferrodo". Je relance, Audrey ma p'tite, si tu veux revenir sur moi, va falloir assurer ! (A ce moment-là, plusieurs garçons-fusées me déposent !). Hola, comme ils assurent ceux-là ! J'vais les suivre !
Et soudain, le drame, en une seule scène, la Fameuse Scène de la Chute. Du plongeon, de la bûche, de la cascade, de la culbute, de la dégringolade, de la glissade; bref, en un mot comme en cent : de la gamelle 100% pur jus ! La cause ?De la boue accumulée sous les semelles, trop de vitesse ? Les deux !
Accrochez-vous, on vous passe le ralenti : le pied gauche en avant, bien à plat sur les Lapiaz, le bras droit qui part en arrière, le buste entraîné par le poids de la tête...J'aurais pu être à l'origine de cette loi sur la gravitation : en me regardant m'écraser sur le sol, Newton aurait eu l'idée de traiter le cas de la Lune comme un cas de chute permanente autour de la Terre ! Vous connaissez la masse inertielle (celle responsable de la vitesse de chute libre) ? Elle est égale à la masse gravitationnelle (celle responsable de la gravité). Quant à Galilée qui avait énoncé qu'un corps en chute (soumis au champ de pesanteur terrestre, de 9,81 N/kg), était équivalent à un même corps uniformément accéléré avec une accélération de 9,81 m/s², je confirme, point par point (de suture, bien sûr !). Pour l'instant je suis encore debout, dans les airs !
TITIFB : Je vole !
LE COMMANDEUR : Allô, Titifb, vous me recevez ? Ici la Terre ! Le règlement stipule sans équivoque qu'il est formellement interdit de prendre la voie des airs sur cette courses ? Ne prennez pas trop d'altitude ! Attention à l'ivresse des sommets ! (référence au Pétrus ?)
TITIFB (grisée) : Je vous reçois 5 sur 5 ! Pour l'instant : tout va bien ! Où est mon parachute ?
LE COMMANDEUR : Para...chute ? Euh, Il me semblait bien que j'avais oublié quelque chose en préparant votre équipement ce matin...Attention, impact dans 3 secondes, 2 secondes, 1 seconde...IMPACT !
Boumbadaboum, spountrfff, paffffffff, sstrongggggggg, cui-cui, cui-cui !
TITIFB (dégrisée) : Euh, z'avez pas vu mes lunettes ?
UN COUREUR (prévenant et inquiet) : Tout va bien ? Tu as besoin de quelque chose ?
TITIFB (abattue): Oui, de l'extrême onction !
Bon, j'ai trouvé une branche ! Je me relève et fais l'état des lieux. Un peu assommée.
TITIFB (toute contente) : Wahou, mon bras droit est à sa place, le gauche également, c'est déjà ça ! Les jambes ? Voyons voyons...les deux ont l'air parallèles. La tête ? Bof, c'est pas un coup de plus ou de moins qui changeront quoi que ce soit à l'affaire...Bilan, bonne pour le service...après vente ? Non, il y a belle lurette que je ne suis plus sous garantie !
Après ce petit contrôle technique, il faut voir si le moteur repart. Starter ! Ca démarre pas ! c'était trop beau…
TITIFB (déconfite) : J'ai dû couler une bielle ! Et j'ai rien pour réparer le joint de culasse ! Allez, faut repartir, on papote, on papote mais derrière, ça va revenir !
Heureusement que j'avais de la marge sur ma poursuivante. Tiens, ma monture de lunettes Adidas climacool ! Même pas abîmée, géniales ces lunettes, incassables : j'ai testé pour vous, en cas de choc, les branches se désolidarisent de la monture. Re starter ! Ca marche, je repars !
La fin de la descente sera moins glorieuse, et pour tout dire...Moins drôle ! Le moindre faux-plat est un calvaire et c'est en titubant que je coupe la ligne d'arrivée, en 3e position, ma poursuivante restant à me poursuivre. 1h56, TCC (toutes chutes comprises !). Je m'écroule dès la ligne franchie. 3e et bien...pas si mal, finalement ! En 1h03, j'étais au sommet...Il m'a fallu presque autant de temps pour faire la descente !
Fin de l'acte 6, RIDEAU !
ACTE VII 
LES SECOURISTES (empressés au public massé autour de moi) : On va s'en occuper. Vous êtes tombée ? Vous vous rappelez comment vous vous appelez ? Vous vous rappelez de votre chute ?
TITIFB : Pour ça oui !
Les secouristes me portent...secours et je resterai un sacré bout de temps dans le beau camion rouge ! Eux à panser mes plaies, moi, à penser mes plaies !
Heureusement, rien de grave ! Juste une fracture du crâne ! J'plaisante, j'ai la tête solide...juste une belle bosse sur le pariétal et diverses entorses (au règlement de Béné qui avertit qu'on ne doit pas se blesser sur sa course !), des contusions à gogo, notamment épaule et genou droit. Un peu le coude gauche. Mais finalement, c'est à la main gauche que j'ai le plus mal !
TITIFB : Oh, j'ai un œil au beurre noir ! Mince, j'suis rayée de partout. Je ne vais pas pouvoir aller à la piscine : j'suis plus étanche !
LE SECOURISTE (insistant): Ce soir vous irez à l'hôpital de Montélimar.
TITIFB (évasive_et_pressée_de_sortir_du_camion_pour_rejoindre_ses_copains kikoureurs_qui_arrivent_les_uns_après_les_autres): Oui, oui, oui.
LE SECOURISTE (insistant et soupçonneux) : Je téléphonerai à l'hôpital pour m'assurer que vous y êtes vraiment allée…
Bon, j'irai. Je sors et rejoins ENFIN, les autres !
Fin de l'acte 7, RIDEAU !
ACTE VIII
Le meilleur est à venir ! D'ailleurs secrètement, TOUT le monde est venu pour ça : l'after !!!
LES KIKOUREURS (inquiets) : Ca va Titifb ?
TITIFB (souriant_derrière_ses_lunettes_noires) : Mais, oui, tout va pour le mieux ! Nono est arrivée ?
RAIDEUR (soucieux, prenant son portable) : Je vais l'appeler !...Allô ? NoNo ? On envoie l'Alouette III du Secours en Montagne ? Non ? T'es sûre ?
Et, elle arrive notre NoNo ! Sous les flashs, les vivats, les hourras de tous et surtout de nous les Kikous, massés dans l'aire d'arrivée ! Tout le monde l'entoure, la réconforte, la félicite. Tous, nous voudrions la prendre dans nos bras (en faisant attention de ne pas briser sa coquille, bien sûr !). L'émotion est palpable...De NoNo, il n'y en a pas un morceau pour tous...
TITIFB : Si j'en avais eu la force, je serais venue à ta rencontre...Bravo NoNo, tu l'as fait !
Nono, notre super star a des larmes plein les yeux. L'émotion, la fatigue, la joie d'en avoir fini...NoNo l'escargot, pour son premier trail, elle en a bavé...c'est sûr ! Chapeau !
La remise des récompenses, les podiums, les coupes. Ma coupe ? Pour NoNo bien sûr. Car au fond qui l'a bien méritée cette récompense ? Sûrement pas moi, qui ne cesse de me tromper de chemin, qui fais des roulés-boulés (c'est autorisé par le règlement ça Béné ?) pour descendre plus vite... Non ! Cette fois, la coupe est pleine...elle est pour NoNo.
TITIFB (gênée): Euh, Nono, j'voudrais t'offrir ma coupe...Tu me ferais un grand honneur en l'acceptant. Je crois que personne plus que toi ne la mérite !
Nono, émue et généreuse accepte (après insistance de ma part) mon présent jeté à ses pieds ! (façon de parler !).
C'est un beau cadeau que tu m'as permis de te faire, NoNo, merci !
Fin de l'acte 8
ACTE IX
Le banquet est ouvert ! Force agapes et libations ? Non ? Rien que de très raisonnable ! Le vin, le pain, les fromages (merci Rapace, merci Nono), les gâteaux, pognes, nougats envahissent la (grande) table. On porte des toasts à cette journée, déjà inoubliable. On voudrait arrêter le temps. Je m'éloigne pour faire une photo du groupe (dommage Kanardhô a dû partir, snif).
MONOLOGUE
TITIFB (aparté) : C'est curieux, certains, je ne les connais que depuis quelques heures, et ils me sont déjà familiers, et en plus maintenant, ils vont me manquer ! Avec d'autres, comme Raideur, Thunder, Rapace, Béné, P'tit Jean, Samontetro, JCdu38, LtBlueberry, Pinston, etc. on se retrouve comme de vieux amis ! C'est fou, c'est l'effet Kikourou ! Et en plus aujourd'hui, Mathias, THE webmaster himself est là ! Au bilan de cette journée, que du top ! Et je ne voudrais pas finir ce récit sans tirer un immense coup de chapeau …à Béné, à Samontetro, à Céline, à Moicelolo, ainsi qu'à toute l'équipe du Ski-Ckub de Lans en Vercors : Bravo pour votre formidable course qui fut un défi pour moi et pour d'autres...et surtout MERCI pour tout, pour les bénévoles aux carrefours, et aux ravitaillements (notamment ceux du sommet qui se sont gelés pour notre confort !).
Bon, c'est vrai, je suis tombée ! Encore une chute !
EPILOGUE
TITIFB : Moralité je me console en pensant à une citation du sage Confucius cher à Akunamatata.
LE COMMANDEUR : Laquelle ?
TITIFB : La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. Mais, chut, ça, il ne faut pas que tu le dises.
LE COMMANDEUR (innocent): Pourquoi ?
TITIFB (fièrement) : Parce que ça, c'est la chute de MA pièce de Théâtre ! Dont acte. Bon, c'est vrai, sur cette course, j'ai pris un sacré coup...mais c'était un coup de théâtre !
Merci à JCdu38, et au Castor Junior pour les photos.